Portrait de Marie-Antoinette et de ses enfants
Atelier d'Elisabeth-Louise VIGÉE LE BRUN (1755-1842)
Portrait de Marie-Antoinette et ses enfants
Huile sur toile
H. 275 x L. 218 cm. Cadre : H. 289 x L. 236 cm

Dans son important cadre en bois doré à palmettes et lys, quatre écoinçons fleurdelysés (trois en bois sculpté et un postérieur en résine), surmonté d'un blason en carton pierre aux armes d’alliance de France et dAutriche de la reine Marie-Antoinette.
Époque Restauration.
Estimation : 200 0000 / 300 000 €
Célèbre image de Marie-Antoinette entourée de ses trois enfants, d'après l'original commandé par la Maison du Roi auprès de Mme Vigée-Lebrun, artiste favori de la Reine, et présenté au Salon de 1787. De l’aveux même l’artiste, il s’agissait de son chef d’œuvre, qu’elle consacra non seulement à la Reine de France mais aussi et surtout à son amie intime Marie-Antoinette. Le tableau est l'une des œuvres les plus emblématiques de la collection de Versailles et est considéré comme un important trésor national
Provenance:
- Probable commande royale sous Charles X.
- Très probablement collection de la Comtesse de Vierzon, fille du Duc de Berry.
- Puis par descendance, famille des barons de Yrigoyen.
- Collection du baron Antoine de Yrigoyen (1906-2000), château de La Hillière (Thouaré sur Loire).
- Vente Couton-Veyrac-Jamault, Nantes, 26 mars 2002.
- Galerie Bernard Steinitz, vendu comme "atelier d'Elisabeth Vigée-Lebrun".
- Collection Mr & Mrs Kumble, Newport, USA.
- Collection privée, France.
Historique :
Cette réplique du Marie Antoinette et ses enfants, également connue sous le nom de Marie Antoinette de Lorraine-Habsbourg, reine de France, et ses enfants, fut très probablement commandée par la duchesse de Berry ou le roi Charles X lui-même pour être offert en cadeau de mariage à la comtesse de Vierzon (1809-1891), fille naturelle du duc de Berry et d'Amy Brown, qui épousa le 16 juin 1827 Athanase de Charrette, premier baron de La Contrie (1796-1848), fils de Louis de Charette qui avait activement participé aux guerres de Vendée (mort en 1796 lors de la bataille des Brouzils) et neveu du grand chef vendéen François de Charette de La Contrie, fusillé à Nantes en 1796. Athanase, peu enclin à servir la France de Louis-Philippe, fut l’un des lieutenants de la duchesse de Berry lors de l’expédition de 1832 à Nantes.
Cette commande royale correspond à l’aspect hors du commun de l’œuvre, seule copie peinte connue aux dimensions de l’originale, sur lequel a été placé un cadre doré aux fleurs de lys avec ajout des armes royales, caractéristique de l’époque Charles X. On sait par ailleurs que la comtesse de Vierzon fut alors largement dotée par son grand-père le roi Charles X qui lui offrira plusieurs souvenirs royaux, un service en porcelaine de Sèvres et des diamants qui serviront plus tard à l’agrandissement du domaine familial de La Contrie.
Il est fort probable que le tableau provienne donc du château de la Contrie (Couffé), château familial des Charette où décèdent Athanase en 1848 et son épouse la baronne de Charette en 1891. Par descendance, l’œuvre va ensuite passer dans la famille de Yrigoyen au château du Plessis-du-Vair, dès le début du XXe siècle. En effet, Marie de Charette de La Contrie, fille d’Alain de Charette (1841-1916), héritier du domaine de La Contrie, et de Madeleine de Bourbon-Busset (1844-1942), épousa en août 1899 Gaston de Yrigoyen (1832-1939), fils de Manuel Marcellin de Yrigoyen, et petit-fils de Manuel José de Yrigoyen (1796-1884) et Romana de la Torre, une des familles les plus riches de Bordeaux au XIXe siècle.
Manuel Marcellin de Yrigoyen avait acquis en 1869 le château du Plessis-du-Vair ; en 1932, son fils Gaston de Yrigoyen acquiert tout en conservant Le Plessis du Vair la propriété de La Hillière plus proche de Nantes. Le portrait de Marie-Antoinette et ses enfants sera ainsi conservé par la famille Yrigoyen dans le château de La Hillière, provenant vraisemblablement du château du Plessis-du-Vair par suite de l’alliance des familles Yrigoyen-Charette en 1899 (Marie de Charrette décède en 1967). En 1952, le château et le parc de La Hillière sont vendus à la communauté des frères de Saint-Gabriel et le tableau est alors déplacé dans le grand salon des dépendances du château conservées par la famille jusqu’à ce qu’il soit vendu en 2002 suite au décès de Gaston de Yrigoyen en 2000.
Notre tableau provient donc vraisemblablement de la comtesse de Vierzon par le mariage de Marie de Charette avec le baron Gaston de Yrigoyen en 1899, et donc de la famille de France, ce qui rapproche la réplique de l’original. Cette copie de très belle qualité a été probablement peinte dans les années 1820, d'autant que, sous la Restauration, les épisodes de la vie de Louis XVI et de Marie-Antoinette sont remis au goût du jour, comme en témoignent les trois versions en tapisseries du portrait de Marie-Antoinette avec ses enfants, dont celle de la Manufacture des Gobelins tissée entre 1818 et 1822, conservée au Mobilier National (inv. GMTT-347-000), envoyée au Palais de Saint-Cloud en 1855. Il s’agissait de légitimer le retour des Bourbons sur le trône après la période de la Révolution et de l’Empire. Le format identique de notre tableau par rapport à l’original porte à croire qu’il s’agit d’une commande royale de Charles X, en témoigne également le cadre aux fleurs de lys, motif qui sera honni sous la Monarchie de Juillet sauf pour les familles légitimistes.
Un tableau de l’atelier d’Elisabeth Louise Vigée Le Brun
La qualité de l’oeuvre en particulier dans le traitement des visages et des tissus, la précision de la réplique aux dimensions de l’original, la reprise fidèle de la composition et l’absence de variante notable, laisse à penser que l’artiste qui a réalisé cette peinture devait avoir accès à l’oeuvre originale de Vigée Le Brun au château de Versailles. Notre toile a très certainement été exécutée sous la direction de Madame Vigée Le Brun .
Œuvres en rapport :
- Marie-Antoinette et ses enfants. Musée national du château de Versailles, inv. MV 4520, inv. 3059, AC 1945. Dimensions : 275 x 216 cm.
Commandé par la Direction des Bâtiments pour 18000 livres, 12 septembre 1785 ; têtes peintes d'après nature et les accessoires fournis par le Garde-Meuble, juillet 1786 ; Salon de 1787, n°97 ; collection Louis XVI ; accroché dans le salon de Mars, 1787 ; après la mort du Dauphin, Marie-Antoinette donne l'ordre de décrocher le tableau, juin 1789 ; non entièrement réglé à la Révolution ; resté dans les magasins, Révolution et Premier Empire ; peut-être l'un des quatre portraits mentionnés, sans nom d'auteur, Aile du Nord, second étage, salles des portraits, n°141-150, dans le guide de 1837 ; mentionné dans la 4ème salle des Portraits (n°155), côté des fenêtres, aile du Midi, attiques, dans l’inventaire de 1850 (n°5140) ; exposé dans la galerie basse, 1902 ; exposé dans le Salon de Mars (salle n°109), grand appartement du Roi, 1er étage, corps central, 7 février 1964 ; mentionné en réserve, 19 février 1976 ; exposé dans l'Antichambre du Grand Couvert de la Reine (salle n°117), appartement de la Reine, 1er étage, corps central, depuis 1980.
- Marie-Antoinette et ses enfants. Ancienne collection de Madame la baronne James de Rothschild (mention in Nolhac, Madame Vigée Le Brun peintre de la Reine, p. 266). Exposé à Paris lors d’une exposition rétrospective féminine en 1908 (chapitre Liste des œuvres de Madame Vigée-Lebrun ayant figuré dans les expositions particulières) ; il s’agit d’une réplique de petit format.
- Marie-Antoinette et ses enfants. Ancienne collection de la Comtesse de Béarn née Pauline de Tourzel ; réplique de petit format.
- Portrait de la reine Marie-Antoinette. Robe de velours et fourrures, décolletée, poudrée, toque rouge à plumes blanches. Huile sur toile (92,7x 73,7 cm). Collection de M. Tripier-Le Franc ; Collection Edgar B. Whitcomb ; Collection du Musée de Détroit en 1953 ; Vente Christies, octobre 1992. D’après Joseph Baillio, peint par Eugénie Tripier-LeFranc, née Le Brun.
- Portrait de Marie Antoinette en buste. Dessin à la sanguine avec rehauts (34x28 cm), par Eugénie Tripier-Lefranc (1817). Collection du Musée de Versailles, inv. MV 8085, don de Mme Hill, 1955. D’après le portrait exécuté par Mme Vigée-Lebrun en 1786, et la réplique signée et datée de 1788, emportée en Russie par l’artiste, achetée à la Restauration par Louis XVIII. Eugénie Tripier-Lefranc, nièce de Madame Vigée-Lebrun exécuta, vers 1817 et sous la direction de sa tante, ce portrait inspiré de ces œuvres [en notes d’un inventaire manuscrit du Catalogue du Musée de Versailles, sommaires des acquisitions, dons et dépôts 1953-1957].
- Gravure d'après Vigée-Lebrun. D’après Nolhac, le graveur Porporati qui accueillit Vigée-Lebrun à Turin avait entrepris des démarches en 1787 pour graver le grand tableau de la Reine et ses enfants.
Nous remercions très chaleureusement M. Arnaud de Yrigoyen, pour les informations familiales précieuses transmises afin de retracer la provenance de ce tableau de famille, et Mme Emmanuelle Le Bail, historienne de l'art, pour ses recherches.