Estimation gratuite d’une sculpture à la cire perdue : guide d’expert
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"Rarement le luxe aura autant été mis au service d'une évasion hors de la matérialité"[1]
Albert Armand Rateau naît à Paris en 1882 et entre à l’âge de douze ans à l'École Boulle pour y étudier la sculpture sur bois. Au sortir de cette formation, en 1898, le jeune homme choisit de ne pas suivre la voie logique, qui aurait été de rejoindre un atelier de meuble des Faubourgs. Il se veut artiste et s’installe donc à Montmartre où il dessine sans relâche, travaillant pour sa subsistance auprès des joailliers Cartier et Fouquets ou du décorateur et céramiste Georges Hoentschel. La collaboration avec ce dernier durera six ans, durant lesquels Rateau participera notamment à l'Exposition internationale de 1900 où il aide à la décoration intérieure du Pavillon de l'Union des Arts Décoratifs. Après d’autres aménagements qui montrent une compréhension vibrante de la sculpture décorative et de la notion d’art total propre à l’Art Nouveau, il quitte Hoentschel en 1904.
Sa réputation étant déjà bien assise à Paris, Rateau prend l’année suivante la direction des ateliers de la Maison Alavoine, une des plus importantes entreprises de décoration de la capitale. Il n’a alors que 23 ans mais sa progression est déjà exceptionnelle et on raconte qu’il devait se vieillir pour effacer sa jeunesse aux yeux de ses subordonnés et artisans. Albert Rateau restera jusqu’en 1914 chez Alavoine, dirigeant de nombreux aménagements d’hôtels particuliers ou encore celui du magasin parisien de Tiffany. Il fait cette même année 1914 un voyage en Campanie où il explore musées et sites archéologiques. C’est là qu’il fait la rencontre d’une vie avec l'ornementation exubérante du mobilier Antique en bronze exposé au musée de Naples et les fresques de Pompéi qui font des intérieurs domestiques des mondes fantasmagoriques.
Engagé volontaire en janvier 1915, Albert Rateau n’est démobilisé qu’en 1919, année charnière qui le voit refuser les propositions de réembauche d’Alavoine pour ouvrir sa propre entreprise de décoration à Paris. Un risque à la hauteur de son talent, qui lui attache rapidement deux mécènes et clientes qui soutiendront son activité par plusieurs commandes ambitieuses : Florence Blumenthal et la géniale créatrice de mode Jeanne Lanvin. Pour elles, Rateau déploiera des trésors d’inventivité ornementale comme autant de réponses à l’épure du Modernisme qui se fait jour chez ses confrères décorateurs. En 1920, il décore et meuble une partie de l’hôtel particulier des Blumenthal (à Manhattan), imaginant pour eux ses premiers meubles de bronze. Viendra ensuite son opus magnus : la décoration et l’ameublement des appartements privés de Jeanne Lanvin[2]. Pour la couturière, Rateau imagine et créé des espaces uniques rythmés de murs en relief de stuc, de pierre et de bois dorés, de sols à motifs et d’un foisonnement d’éléments figuratifs en bronze patiné invoquant la faune et la flore.
Cette prime collaboration avec la couturière débouchera sur d’autres[3], ainsi que sur une association entre Rateau et elle sous le label Lanvin Décoration[4]. Achevé en 1922, l’aménagement de l’hôtel particulier de Jeanne Lanvin permet à Rateau d’acheter les ateliers qu’il louait jusqu’alors. La reprise économique des Années Folles et ses fortunes nouvelles autorise tous les fastes et le décorateur se voit confier par de riches commanditaires de nombreux aménagements intérieurs. Cette intense activité de "créer des modèles, des décors, des meubles, des objets pour une sélection, pour une élite de clients"[5] durera jusqu’à la Crise économique mondiale du début des Années 30.
En 1933, peinant à redresser son volume d’activité, Albert Armand Rateau sort de sa logique de commandes et participe à son premier salon : celui des Arts Ménagers. Il réalisera encore après cette date quelques aménagement et décorations pour de riches commanditaires, quelques entreprises ainsi que pour le Ministère du Commerce (1936) ou le Pavillon du Comité français des Expositions pour l’Exposition internationale de Paris en 1937.
Victime d’une hémorragie cérébrale, Albert Rateau s’éteint le 20 février 1938, à l’âge de 56 ans. Ses collaborateurs termineront d’honorer les aménagements et projets en cours. Comme un triste clin d’œil à Pompéi que le décorateur avait tant aimé, ses ateliers seront ravagés par un incendie en 1952, qui détruira tout le mobilier qui y était entreposé. Reste de l’artiste l’héritage d’un style unique et personnel, en marge des autres grands décorateurs Art Déco et de l’obsession moderniste et fonctionnaliste de son temps. Envahies par leur décor, ses créations exubérantes sont autant de trésors de singularités et de raffinement, à l’attrait artistique intemporel.
[1] in Franck Olivier-Vial et François Rateau : Armand Albert Rateau, Les Editions de l'Amateur, 2000, page 35
[2] dont la salle de bain, le boudoir et la chambre à coucher ont été reconstitués au Musée des Arts Décoratifs de Paris
[3] notamment l’ameublement par Rateau des résidences secondaires de Jeanne Lanvin au Vésinet (1921) et à Deauville.
[4] qui signera la décoration des magasins Lanvin Homme, Lanvin Sport et du Théâtre Daunou.
[5] A.A Rateau in "Les enquêtes de la Revue de l'Art : Les Artistes Décorateurs et l'Industrie" pour La Revue de l’Art Ancien et Moderne, numéro 374, juillet 1936, page 164
La maison de ventes aux enchères MILLON vend régulièrement des œuvres d'Edgar Brandt. Florian Douceron, clerc spécialiste du département département Arts Décoratifs du XXe siècle, vous décrypte deux œuvres phares de l'artiste, présentées lors de la vente aux enchères "Masters" organisée par le département Arts Décoratifs du XXe siècle :
"Imagination créatrice, goût des beaux matériaux, sens de la perfection technique, ils parlaient la même langue (…) À eux deux, ils imposèrent un univers décoratif exceptionnel, complétement indépendant de tout ce qui pouvait se réaliser ailleurs."[1]
Véritable manifeste du "style Rateau", l’aménagement réalisé pour l’appartement parisien de Jeanne Lanvin est révélateur de la connivence de pensée existant au début des Année 20 entre le décorateur et sa commanditaire.
Une source de cette affinité est sans doute à chercher dans des trajets de vie semblablement marqués par la précocité, Lanvin travaillant dès 13 ans jusqu’à devenir l’impératrice de la mode parisienne là où Rateau devient directeur d’une grande entreprise de décoration à 23 ans seulement. Un autre fondement de leur relation artistique semble reposer dans des processus créatifs aux profondes similitudes. Ainsi, François Rateau explique[2] que son père : "recherchait une interprétation esthétique délicate dans laquelle les influences orientales, égyptiennes, grecques, romaines et baroques se mêlaient à son style moderne très personnel" tandis qu’un journaliste écrivit[3] que : "Lanvin fait son miel de toutes belles choses, de l'harmonie antique et des colifichets du Second Empire, de la pureté des Primitifs et des magnificences vénitiennes, des coquetteries de la Pompadour et du charme vieillot de 1830, pour fondre en son creuset ces mille éléments divers et renouveler "le style"."
A l’aune de ces citations croisées, on devine deux esprits pareillement héritiers des fastes du XIXe quand leur époque est celle des paquebots, de la production sérielle et des automobiles. On lit également en filigrane les contours d’une grammaire visuelle commune faite de citations classiques, antiques et baroques au service d’une sensibilité moderne.
Autant d’éléments que l’on retrouve dans les aménagements suivants imaginés par Albert Armand Rateau pour Jeanne Lanvin, et notamment celui de sa résidence secondaire au Vésinet (Les vieilles Tuiles).
Commençons par la plaque de cheminée.
Orner un tel élément décoratif d’un motif de feu pourrait aisément constituer un truisme peu inspiré. Il n’en est rien chez Rateau qui imagine un motif de brasier dont les flammes sont stylisées comme autant de cœurs célébrant "le feu, cette vie glorieuse, ce bijou sauvage, cet oiseau d’enfer et de paradis."[4] Et puisqu’il n’y a pas de fumée sans feu (ou de feu sans fumée ?), le décorateur couronne ses flammes de volutes évoquant tant les fumeroles du foyer que de hiératiques chapiteaux ioniques abritant le feu de la déesse Hestia qui jamais ne doit s’éteindre.
D’une grande délicatesse et emprunte de poésie malgré la robustesse de son matériau, cette plaque permettra de réaliser le vœu de Jean Cocteau[5] :
"Si le feu brûlait ma maison, qu’emporterais-je ? J’aimerais emporter le feu..."
Le miroir, ensuite, séduit par un dessin ferme qui laisse néanmoins s’exprimer le maniérisme du décorateur dans ses détails sculptés. Subtilement intégrés à une structure dont ils ne contrarient ni l’équilibre ni les proportions, ces motifs sont révélateurs de la sensibilité unique de Rateau en matière d’ornementation. Servi par un moulage et une ciselure de grande qualité, ce décor est par ailleurs organisé autour d’un "motif majeur, la marguerite – voulue par Jeanne Lanvin pour avoir toujours à l’esprit sa fille, dont c’était le prénom"[6] et que la couturière souhaite présente dans son quotidien sur "chaque volume, chaque meuble, chaque objet (…) sous le blason de la fleur éponyme".[7]
Précieuses et rares, ces pièces d’une rare délicatesse imaginées par Albert Rateau pour Jeanne Lanvin sont comme les enfants nés de la rencontre de leurs deux imaginations.
[1] Eveline Schlumerger dans son étude de l’Hôtel particulier de de la couturière décorée par Albert Armand Rateau : "Rue Barbet-de-Jouy avec Jeanne Lanvin" in Connaissance des Arts, numéro 138, août 1963, page 63.
[2] in Armand Albert Rateau, Les Editions de l'Amateur, 2000.
[3] dans le numéro spécial de la Gazette du bon ton dédiée à l'Exposition des Arts Décoratifs Industrielles et Modernes de 1925
[4] Brigitte Fontaine in Nouvelles de l’exil, Flammarion, 2006.
[5] in Clair/Obscur, 1954, Éditions du Rocher, page 54.
[6] in Franck Olivier-Vial et François Rateau : Armand Albert Rateau, Les Editions de l'Amateur, 2000, page 35.
[7] Ibid. page 109.
L’œuvre d’Armand-Albert Rateau est particulièrement riche et comprend du mobilier, mais aussi des luminaires, des sculptures ou des objets du quotidien tels que des cendriers ou des porte-savon.
Les prix s’échelonnent selon l’état de l’œuvre, de son année de production mais aussi du ou des matériaux utilisés. Voici un tableau récapitulatif des prix pour différentes catégories d'œuvres d'Armand-Albert Rateau :
Catégorie | Prix Minimum (€) | Prix Maximum (€) | Exemples de Ventes |
---|---|---|---|
Mobilier | 300 | 1,800,000 | Table de lecture (257,500 €) |
Objet | 475 | 700,000 | Cendrier aux papillons (70,000 €) |
Luminaire | 1,235 | 1,600,000 | Appliques aux papillons (95,000 €) |
Sculpture | 2,300 | 220,000 | Paire de chenets (220,000 €) |
Parmi les records de vente, on trouve un guéridon de 1922 vendu à 2,7 millions d’euros, une jardinière entrelacée de rinceaux et marguerites des années 1920/25 pour 1,85 million d’euros, et une table de travail à volet de 1920 pour 1,8 million d’euros.
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