Germaine Richier (1902–1959) est une sculptrice française née à Grans, près d’Arles, dans une famille modeste. Elle manifeste très tôt un goût prononcé pour la sculpture. À 18 ans, elle entame sa formation à l’École des beaux-arts de Montpellier, dans l’atelier de Louis-Jacques Guigues, lui-même ancien assistant de Rodin.
En 1926, elle s’installe à Paris pour poursuivre sa formation auprès d’Antoine Bourdelle, dans son atelier à la Grande Chaumière. Bourdelle, dont elle sera l’une des dernières élèves, joue un rôle central dans sa formation. Richier développe à cette époque une pratique exigeante du modelage, privilégiant un travail d’après modèle vivant, qui confère à ses figures une force de présence remarquable.
Elle présente ses premières œuvres dans les années 1930. En 1934, une série de bustes exposée à Paris attire l’attention du milieu artistique par leur tension expressive et leur facture puissante. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle quitte la France pour s’installer à Zurich, où elle vit jusqu’à la Libération. Ce moment de retrait est aussi un temps de mutation dans sa sculpture : elle délaisse peu à peu la représentation humaine classique pour explorer des formes inspirées du monde animal et insectoïde — sauterelles, araignées, fourmis —, marquées par une étrangeté menaçante.
À son retour en France, son œuvre entre dans une phase de profonde transformation. Elle conçoit alors des figures hybrides, fusionnant l’humain, l’animal et le végétal. Ces créatures en métamorphose expriment la vulnérabilité du corps, la souffrance, mais aussi la puissance de transformation. Des œuvres telles que La Forêt (1946), Le Griffu (1952) ou L’Orage témoignent de cette tension entre figuration et abstraction, entre archaïsme et modernité.
Artiste indépendante, elle s’impose comme une voix singulière dans le paysage artistique d’après-guerre, à la croisée du classicisme et de l’expressionnisme. Son œuvre, parfois mal comprise de son vivant, est aujourd’hui reconnue comme essentielle dans l’histoire de la sculpture moderne.
Les œuvres de Germaine Richier sont aujourd’hui présentes dans de nombreuses collections publiques, en France comme à l’étranger. En particulier, le Centre Pompidou à Paris conserve plusieurs de ses sculptures majeures. Ses œuvres figurent également dans les collections du musée Fabre à Montpellier, du musée d’Art moderne de Paris, ou encore de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, qui lui a consacré une place centrale dans son accrochage. Elle meurt en 1959 à Montpellier.